Édito

Au-delà
Il arrive que la musique fasse vaciller le temps : quelques mesures suffisent à suspendre le présent, à ouvrir un espace inattendu, un au-delà. Cet instant fragile, la musique baroque le connaît bien. Elle habite les zones de passage, regarde au-delà du visible, et interroge ce qui nous dépasse — le temps, la mort, la foi, la métamorphose des êtres et des formes. Cet au-delà traverse toute l’édition 2026 du Festival de Beaune.
L’au-delà, d’abord, comme une succession de passages, entre la vie et la mort, entre la douleur et la joie. De l’Actus tragicus de Bach au Stabat Mater de Pergolèse en passant par les visions musicales du Jugement dernier ou ce Requiem imaginaire pour l’empereur Charles Quint, les œuvres de cet été cherchent à rendre sensible l’idée de l’au-delà, elles le rendent humainement exprimable. La musique se fait alors soin, consolation, élévation : une mission qu’elle partage avec les lieux — Basilique, Hôtel-Dieu, chapelles — qui nous accueillent.
Penser l’au-delà, c’est aussi constater l’extraordinaire fécondité de certaines œuvres, longtemps après la disparition de leurs auteurs. Prenez Molière, dont L’Avare connaît une étonnante postérité lyrique cinquante ans plus tard à Venise — c’est la redécouverte de cet été avec Vincent Dumestre, et notre première production scénique, au Théâtre de Beaune. C’est aussi le testament lyrique d’un Rameau de 80 ans, Les Boréades, jamais créé de son temps — ce n’est que 200 ans plus tard que l’on mesurera l’audace de cette œuvre d’avant-garde. C’est enfin John Dowland qui, 400 ans après sa mort, semble nous parler comme s’il venait de quitter la pièce : nous le célèbrerons avec trois concerts qui montreront à quel point sa musique nous parle au-delà du temps.
Enfin, l’au-delà de la musique baroque se dessine maintenant, dans la transmission et le futur. Nous voulons susciter la passion, avec la deuxième édition du Chœur du Festival, et Peau d’âne, notre premier spectacle conçu pour toute la famille. Encourager les vocations aussi, avec l’ensemble en résidence, La Palatine, et les meilleurs des chanteuses et chanteurs baroques, que nous soutenons à chaque étape de leur carrière : Reinoud Van Mechelen, Ève-Maud Hubeaux, Zachary Wilder, Julia Lezhneva, Marie Lys, Carlotta Colombo, Rémy Brès-Feuillet, Carlo Vistoli, Silvia Frigato, Éléonore Pancrazi, Blandine de Sansal, Eva Zaïcik, Michèle Bréant…
Ces musiques venues de loin ne nous parlent pas seulement d’un autre monde, englouti : elles nous invitent aussi à regarder autrement celui que nous habitons. C’est au cœur de l’écoute que commence le véritable au-delà. Bon festival !
Maximilien Hondermarck
Délégué général
















